Des chrétiens cherchent à étendre les visites en Terre sainte aux « pierres vivantes ».


Jack Sara observe régulièrement passer devant sa maison des bus de chrétiens américains faisant le tour de son pays. Il les voit s’arrêter, descendre quelques minutes pour prendre des photos, puis remonter dans leur bus et repartir.

Il se demande pourquoi ils ne viennent jamais lui parler.

« La terre du Christ n’est pas qu’un musée », rappelle le pasteur évangélique et président du Bethlehem Bible College en Israël. « Il y a toujours une Église qu’ils pourraient rencontrer, avec laquelle ils pourraient prier et échanger et recevoir de l’encouragement. »

Chaque année, 400 000 Américains visitent des sites religieux en Israël. Ils vont marcher là où Jésus a marché et découvrir le pays de la Bible : le Jourdain, la mer de Galilée, le site traditionnel de la Nativité, des arrêts au mont Carmel, au tombeau du roi David et au mont des Oliviers d’où le Christ serait monté au ciel. Pourtant, peu de ces pèlerins religieux sont en contact avec les chrétiens habitants en Terre sainte.

Environ 180 000 chrétiens vivent en Israël, soit un peu moins de 2 % de la population. Trois sur quatre sont arabes. On trouve des catholiques byzantins, romains et maronites, des orthodoxes orientaux, des orthodoxes coptes, des chrétiens arméniens et un petit nombre de protestants comme Jack Sara.

Le pasteur est un Palestinien qui a grandi dans un foyer de tradition chrétienne dans la vieille ville de Jérusalem. Au début des années 1990, il fait une profession de foi personnelle et consacre sa vie au Christ au sein de la Jerusalem Alliance Church. Aujourd’hui, en tant que président de l’école qu’il a fréquentée pour approfondir sa foi chrétienne, il espère mettre en contact davantage de chrétiens du monde entier avec les églises évangéliques bien vivantes d’Israël.

Le collège biblique propose des cours en ligne pour permettre la découverte de Jérusalem, de Bethléem ou encore de la Galilée. L’école forme également des chrétiens locaux au métier de guide touristique et collabore avec un ministère américain pour faciliter différents types de voyages en Terre sainte.

D’autres souhaitent également élargir l’expérience des touristes en Israël. La Christian HolyLand Foundation est un ministère à but non lucratif affilié à l’Église chrétienne indépendante qui soutient les responsables d’églises en Israël et aide à financer des projets d’églises et de communautés. Ils organisent également des voyages.

La fondation veut inviter les croyants à envisager différemment l’idée de « marcher là où Jésus a marché », explique son directeur exécutif Matt Nance. Comme le lui a fait remarquer un jour un chrétien palestinien, Jésus a promis d’être avec ceux qui se rassemblent en son nom. Il ne s’est pas préoccupé des pierres mortes sous ses pieds. Mais il se souciait beaucoup de ceux que l’un de ses disciples désignera plus tard comme « pierres vivantes » (1 P 2.5).

Les gens « passent complètement à côté de là où Jésus marche aujourd’hui », faisait observer à Nance ce chrétien palestinien. « Il ne marche pas avec des pierres mortes. Il marche parmi les gens, et il vit avec nous nos épreuves, nos douleurs et nos possibilités de participer à la mission du royaume. »

Matt Nance, qui est aujourd’hui établi à Knoxville, dans le Tennessee, sait personnellement à quel point un voyage en Terre sainte peut être bénéfique. Lorsqu’il était étudiant à l’université, il a séjourné pendant un an en Allemagne et, pendant une pause, il s’est rendu en Israël et en Jordanie. Le sac au dos, se déplaçant souvent en auto-stop, il y a fait de nombreuses visites touristiques, mangé bien des falafels au bord de la route et assimilé autant de choses que possible sur la vie et la culture.

« Je suis tombé amoureux de cette partie du monde », nous témoigne Nance, « et j’ai décidé que je voulais aller y vivre si je le pouvais. »

En 2012, il s’installe en Jordanie avec sa femme, Susan, et ils y vivent pendant huit ans. Ils s’immergent dans une communauté chrétienne locale et Nance travaille sous la direction d’une église sur place.

Ce séjour en Jordanie lui a permis de voir d’un autre œil les circuits touristiques en Terre sainte, dont les détours emmènent régulièrement les chrétiens en Jordanie et en Égypte. Nance, comme Sara, a vu tous ces bus de croyants qui ne s’arrêtaient jamais pour entrer en contact avec une communauté locale. Il en ressent une certaine tristesse pour eux.

« Ils n’ont tout simplement pas fait l’expérience de ce qu’est la vie dans cette région aujourd’hui. » « Si vous n’êtes que dans votre bus, dans les restaurants et les hôtels pour touristes, vous passez à côté d’une culture magnifique et vous n’apprenez pas non plus à connaître les défis et les épreuves de ceux qui vivent dans cette partie du monde. »

Les voyages en Terre sainte organisés par des entreprises à but lucratif sont bien sûr limités par la nécessité de faire des bénéfices. Ils s’adressent à des consommateurs, répondent à la demande et ne prescrivent pas aux touristes ce qu’ils devraient faire lors de leur voyage en Israël. Matt Nance s’est cependant demandé si une organisation à but non lucratif qui mettrait l’accent sur la valeur spirituelle de la relation avec les chrétiens locaux pourrait attirer les croyants vers un autre type d’expérience.

De retour aux États-Unis, il a commencé à travailler avec la Christian HolyLand Foundation pour organiser des voyages qui accordent une grande importance à ces liens entre chrétiens.

Après une interruption due à la pandémie, la Christian HolyLand Foundation organise des voyages pour les églises afin de leur permettre de célébrer un culte avec d’autres croyants en Israël. Ils partagent un repas et participent parfois même à la récolte des olives.

Ken Nelson, présentateur de télévision à la retraite à Indianapolis, qui s’était rendu en Israël avec la Christian HolyLand Foundation avant le COVID-19, raconte que la participation à une récolte d’olives a été un moment particulièrement mémorable du voyage. Il frappait les branches des arbres avec un bâton pour faire tomber les olives mûres, comme on le lui avait expliqué.

« Il ne s’agissait pas seulement de marcher dans les pas du Christ. Nous avons rencontré des chrétiens arabes. Des personnes bien réelles qui consacrent leur vie, ici même en Terre sainte, à Jésus-Christ. Nous avons assisté à un culte local avec les pasteurs locaux. Nous avons frappé des mains avec eux. Nous avons chanté avec eux. […] Et vous savez qui était dans la pièce avec nous ? L’Esprit du Christ. »

Chaque voyage comprend entre 10 et 15 personnes, généralement toutes issues d’une même communauté. Les groupes visitent certains des sites religieux les plus célèbres comme ils le feraient avec d’autres voyages organisés. Ils sont cependant conduits par des guides chrétiens — dont certains ont été formés au Bethlehem Bible College — et interagissent avec des historiens, des théologiens, des archéologues et des chrétiens locaux.

Dave Mullins, pasteur de la Colonial Heights Christian Church à Kingsport (Tennessee), a participé à un voyage et en est revenu très heureux de ces contacts personnels.

« Voir leur cœur pour le royaume a eu un impact considérable. Toutes les personnes avec lesquelles j’ai eu des contacts ont été extrêmement chaleureuses et aimantes. »

Cette expérience a également approfondi son regard sur le conflit israélo-palestinien. Il ne pense pas avoir de réponse aux crises actuelles, mais ce voyage l’a amené à réfléchir. « Attends une minute », s’est-il dit, « ce sont mes frères et sœurs en Christ qui subissent des épreuves terribles dans un pays où ils sont nés. »

Le pasteur a particulièrement aimé entendre parler de la manière dont les chrétiens contribuent à encourager la réconciliation entre les Arabes et les Juifs. Il espère emmener un groupe de son église en Terre sainte l’année prochaine.

Jack Sara se réjouit du nombre de chrétiens étrangers qui prient pour la paix à Jérusalem, sa ville. Mais lorsqu’il voit ces bus aller et venir, il s’inquiète de ce que certains ne prient pas pour tous les habitants.

« On les voit sympathiser avec un certain groupe de personnes plutôt qu’un autre, prendre position du côté israélien ou juif et s’opposer aux Palestiniens », témoigne-t-il.

S’il peut les mettre en contact avec le vécu des chrétiens à Jérusalem et dans le reste d’Israël, ils rencontreront des Palestiniens qui ne sont pas des ennemis de la paix, mais qui aiment Jésus et prêchent la bonne nouvelle du Prince de la paix depuis de nombreuses années.

« Quand on parle de chrétiens palestiniens, on parle de chrétiens qui sont ici depuis 2 000 ans », dit Sara. « Le christianisme n’a jamais quitté ce pays »

Adam MacInnis est journaliste au Canada.

[ This article is also available in
English. See all of our
French (Français) coverage.
]





Source link

Leave a Comment